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L'organisation de l'espace
Réseau urbain : L'ensemble urbain marocain apparaît bien hiérarchisé : trois villes de plus d'un million d'habitants (Casablanca, Rabat-Salé et Fès) ; une douzaine de grandes villes de plus de 100 000 habitants dont les capitales régionales sont Marrakech (870 000), Meknès (500 000), Tanger (500 000), Agadir (500 000) et Oujda (260 000) ; des villes moyennes gravitant autour des grands centres ; une quarantaine de petites villes et de nombreux centres locaux.

La carte révèle cependant d'importantes différences dans l'organisation urbaine :un nord-ouest dense hiérarchisé ; un Centre-Ouest dominé par l'axe Kénitra-Rabat- Casablanca, avec deux pôles secondaires : Khouribga et Beni Mellal ; un Sud-Est et un Sud très faiblement urbanisés, à l'exception des centres de Safi, Marrakech, Agadir et la région soussie.

Phéniciens et Carthaginois furent sans doute à l'origine des premiers noyaux urbains : Tanger, Tétouan, Larache et Salé, qui devaient prendre leur essor à l'époque romaine. L'arrivée des Arabes et de l'Islam renforce ce réseau avec la création de Fès (789) relayé sur la route du Sahara par Sijilmassa. La création de Marrakech (1070) par les Almoravides, maîtres également de Fès, assure au Maroc, par ces villes, la domination des routes qui relient le Sahara à la Méditerranée.

Sous le protectorat, l'occupation du Nord par l'Espagne mais surtout la décision de Lyautey de choisir Rabat comme capitale et de faire de Casablanca un grand centre économique font basculer le Maroc vers l'Atlantique et créent les conditions de l'axe urbain Rabat-Casablanca.

Recherche d'un meilleur équilibre urbain : Près de 7 millions d'habitants sont concentrés sur un axe s'étendant de Kénitra à Casablanca, soit près de 150 km de longueur et 10 à 30 km de profondeur, de la mer vers l'intérieur. Il s'agit d'une véritable conurbation littorale, fait très rare dans le Tiers-Monde ou dans les pays méditerranéens, conurbation dominée par la ville de Casablanca (2 800 000 habitants) mais où Rabat, capitale politique, atteint également un million d'habitants. Casablanca, cinquième agglomération d'Afrique, est de loin la capitale économique du Maroc : elle concentre, avec Mohammedia, 70% des emplois industriels, tous les sièges des établissements bancaires, la quasi-totalité des commerces de gros, la plus importante université du Maroc et aussi la mosquée Hassan II, l'une des plus grandes du monde musulman. Principal point routier du Maroc, son aéroport international assure la plus grande partie du trafic aérien.


La croissance urbaine particulièrement rapide après 1960 a longtemps concerné l'axe littoral. Les villes de l'intérieur, y compris les petites villes, connaissent aujourd'hui une croissance plus rapide. Cela résulte de la volonté de l'Etat de mieux aménager le territoire en développant de nouveaux centres administratifs (Agadir, Khouribga, BeniMellal, Khemisset…) mais aussi du développement industriel (c'est le cas des petites villes du Garb : Sidi Slimane, Sidi Kacem, Sidi Yahia) ou encore du développement de l'agriculture irriguée (c'est le cas de la région urbaine du Tadla ou de celle du Souss). Ces villes en croissance rapide attirent les ruraux, spécialement dans les régions en crise, sans pouvoir cependant leur offrir ni l'emploi ni les conditions d'une vie urbaine agréable.

Espace urbain: Les principales villes actuelles gardent encore leur noyau originel -la médina- et leurs caractéristiques de villes musulmanes. Tout s'organise autour de la mosquée, élément central, et de l'écoulement de l'eau indispensable aux ablutions, à la vie quotidienne et aux artisanats.
Au centre, les métiers, les corporations, les habitations les plus "nobles", les souks et les qissarias.
Près des portes, on trouve les métiers liés à la campagne, les demeures des ruraux nouvellement arrivés. Les habitations privées, maisons à patio, s'organisent en derb et en houma ou quartier.
Des jardins bordent la ville, elle-même fermée par des remparts au-delà desquels s'étendent les cimetières.
C'est le souci de Lyautey, au début du protectorat, de vouloir séparer les communautés musulmane et européenne qui a conduit à la création de "villes nouvelles" bien séparées des médinas.

La ville est souvent construite en damier pour une meilleure circulation, un axe central regroupant les bâtiments publics, représentations du pouvoir colonial et "symboles de la puissance et de la modernisation" : résidence générale et ministères à Rabat, et partout banques, postes, gares…

Dès l'époque de la colonisation, des constructions rudimentaires, des gourbis, des bidonvilles se créent en bordure des villes nouvelles pour accueillir les ruraux dépossédés de leurs terres.

Après l'indépendance, tandis que les médinas se ruralisent et qu'une partie de leur population passe en ville nouvelle, de nouveaux quartiers naissent en périphérie : quartiers de villas, immeubles modernes pour cadres et fonctionnaires, mais aussi lotissements clandestins dépourvus, au départ, d'eau, d'électricité, de réseau routier et d'assainissement.

Tandis que le derb regroupait toutes les couches de la société, le nouveau visage de la ville accentue les différences sociales.

Le souk : rassemblant selon les régions de 200 à 20 000 personnes, le souk rural, gros marché hebdomadaire, peut être une gigantesque ville de toile dressée pour quelques heures.

On y retrouve les paysans ayant parcouru en plusieurs heures de marche jusqu'à dix kilomètres ou même plus, les négociants allant de souk en souk au cours de la semaine, et enfin les artisans venus offrir leurs services spécialisés. Le souk a ses rues, ses quartiers, ses lieux de marché et ses lieux de restauration : une véritable ville même si elle est éphémère.

Au souk, les paysans apportent leurs productions agricoles et artisanales : grains, fruits, légumes, bétail, œufs, beurre… mais aussi poteries, laine, tapis, etc. Ils repartent avec les produits venus de la ville : sucre, thé, épices, huile, pétrole, ustensiles en plastique et parfois même du bétail.

Les services offerts par les artisans sont ceux de l'artisanat traditionnel (cordonnerie, couture, tissage, forge…) mais aussi de plus nouveaux (coiffure, photographie, réparation radio…). La restauration -plus de 35% des implantations sur le souk- est importante et variée : thé, brochettes, kefta, beignets… Le souk est aussi un lieu de contacts sociaux, un lieu de rencontre avec l'administration : état civil, justice, poste, soins médicaux sont souvent réglés sur le souk.

Pour toutes ces raisons, le souk est un élément important de vie et d'organisation régionale.

S'il comporte des boutiques fixes, dans son périmètre proprement dit ou à proximité, s'il est situé près d'un axe routier, le souk peut donner naissance à une petite ville, relais, étape routière, qui s'allonge le long de l'axe de communication. Ces centres sont spécialement nombreux le long de l'axe Salé-Taza.